
En janvier 2024, la Radiotélévision Buntu comptait 82 000 abonnés sur Facebook et peinait à structurer ses productions. Un an plus tard, elle en compte 137 644, a vu trois de ses journalistes primés à l’international, et est devenue un modèle de résilience médiatique au Burundi. Voici comment un projet d’appui médias a transformé un média communautaire en entreprise médiatique professionnelle.
Des productions amateures à des standards internationaux
Avant 2024, la RTV Buntu fonctionnait sans méthode professionnelle personnalisée. Les preneurs d’images partaient sur le terrain sans réunion préparatoire, sans orientation préalable, montaient des vidéos sans plan de réalisation, et publiaient sans stratégie. « On prenait les images comme on voulait, on les montait comme on voulait », se souvient Claudette Nduwimana, cheffe cadreur.
Le tournant arrive avec le projet d’appui aux médias exécuté par le CENAP sur financement de la Coopération suisse. Des coachs en résidence introduisent méthodes professionnelles : des réunions de production structurées, des fiches de planification, et des séances de critique collective où les journalistes écoutent et réécoutent leurs émissions pour s’améliorer mutuellement. « Aujourd’hui, on organise un briefing avant chaque tournage. On pense aux plans, aux angles. Et dans le montage, on respecte les règles : pas de plan général après un plan d’ensemble », explique Claudette.
Le résultat est spectaculaire. En 2025, trois producteurs décrochent des prix à la Fondation Merck en Allemagne. Un journaliste est primé par le COMESA lors du sommet des chefs d’État au Kenya. Deux autres reçoivent des distinctions de l’AFJO et du CNC. « Je ne comprenais rien aux angles de sujet. Après le coaching, j’ai produit une émission qui a été félicitée par les auditeurs et les collègues », témoigne Jean Paul Rwasa, journaliste.
Une audience multipliée et une communauté engagée
Côté numérique, la transformation est tout aussi marquante. Sophonie Tuyishime, chargé du community management, explique : « Avant, nous passions des mois sans animer nos réseaux sociaux. Aujourd’hui, c’est systématique. »
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Facebook : de 82 000 à 137 644 abonnés (+56 200 nouveaux abonnés) ; X (Twitter) : de quelques centaines à 5 000 abonnés ; TikTok : 3 000 abonnés en trois semaines seulement
L’appui matériel — appareil photo professionnel, ordinateur portable, réparation de l’émetteur du site Mugongo — a permis d’améliorer la qualité visuelle et d’attirer de nouveaux partenaires. Le PNUD a signé un contrat pour du tweet living. Des publireportages et des live streaming d’événements génèrent désormais des revenus réguliers.
De la survie à l’autonomie : la résilience en action
Le projet a aussi consolidé les bases financières. Le projet Médias a permis de payer les dettes envers l’opérateur télécom, de déplacer le pylône pour élargir la couverture jusqu’à Bujumbura, et de former le personnel à la mobilisation de ressources. Résultat : depuis octobre 2024, la radio paie les salaires de ses 45 journalistes sans appui extérieur — une première depuis sa création par la fondation Buntu.
« Nous ne sommes plus exploités par des ONG qui voulaient des couvertures gratuites. Nous facturons nos prestations, nous réservons la gratuité aux événements publics et communautaires. » — Mme Bénigne Magendero, la Directrice Générale
Grâce au coaching, la gestion managériale a été professionnalisée : classement hiérarchique des pièces comptables, respect des normes financières, planification budgétaire. La radio a même créé une équipe commerciale à Bujumbura et loue ses quatre véhicules et son matériel de tournage pour générer des revenus complémentaires.
Les clubs d’écoute : des auditeurs devenus ambassadeurs
À Ngozi et Gasorwe, deux clubs d’écoute actifs influencent leurs communautés et produisent des microprogrammes pour la radio. Leur engagement est tel qu’ils ont créé l’Association Cœur d’Amour au Burundi (ACABu) pour pérenniser leur action. « Ils nous ont rendu visite pour nous dire merci, car nos émissions ont changé des mentalités dans leur localité », se réjouit Claude Mvuyekure, Directeur.
Les clubs donnent aussi des feedbacks réguliers sur la qualité des programmes, permettant à la radio d’ajuster ses contenus — notamment sur la santé mentale, le trauma healing et l’entrepreneuriat des jeunes.
Perspectives et défis
Malgré ces succès, des défis persistent : factures d’électricité élevées (plus de 3 millions de BIF mensuels), émetteurs vieillissants, et besoin de maintenance. Mais la radio a déjà sécurisé un partenariat avec l’UNICEF et prospecte auprès d’autres bailleurs.
Les perspectives sont claires : pérenniser les clubs d’écoute, augmenter la puissance des émetteurs, et continuer à former les journalistes pour maintenir la dynamique de qualité.
Leçon clé
L’expérience de la RTV Buntu démontre que le coaching de proximité, combiné à un appui matériel ciblé et une réflexion sur la durabilité financière, peut transformer un média communautaire en entreprise médiatique viable et reconnue internationalement. La clé ? Impliquer les équipes dans leur propre amélioration, et construire des revenus sur base de la qualité des productions.