« Umurongozi et umuyobozi » : à Ngozi, une journée pour réapprendre à gouverner autrement

Ngozi, 27 novembre 2025 – Dans la salle de réunion bondée de l’hôtel des Plateaux, les nouveaux élus, chefs de partis, ligues de jeunes, ligues de femmes, représentants de la société civile et des confessions religieuses ont pris place côte-à-côte. Aucune estrade, aucun monologue : juste des chaises en cercle et une volonté partagée : comprendre ce que signifie réellement « servir » quand on est gouvernant.

 

L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Fondation pour une Politique Inclusive et Pacifique au Burundi » (FIPP), mis en œuvre par le CENAP avec l’appui du NIMD. Le Directeur de Cabinet du Gouverneur de la province Butanyerera a ouvert la séance par un constat simple : « Cette activité tombe à point nommé ; certains élus viennent d’obtenir leur mandat et ont soif de maîtriser leurs responsabilités. »

Quand l’expert devient « passeur de mots »

L’Abbé Lambert Rivuzimana, expert en communication et gouvernance des institutions, a mené la journée comme un dialogue en continu. Pas de PowerPoint monotone, mais des images projetées et des questions lancées à la volée. Chaque participant peut répondre, interrompre, demander clarification. « Le problème, c’est que souvent les gouvernants veulent imposer leurs points de vue sans se soucier du fait que les administrés voudraient aussi donner les leurs. »

Pour illustrer son propos, il invoque la pyramide de Maslow : « Les besoins des citoyens sont socioculturels, économiques et politiques. Si vous ne les comprenez pas, vous gouvernez dans le vide.»

Puis vient la formule qui fera le tour de la salle :
« Un bon dirigeant doit être umurongozi et umuyobozi. Le murongozi marche devant et montre l’exemple ; le muyobozi reste derrière et pousse les autres vers le progrès. Aujourd’hui, beaucoup veulent être l’un sans être l’autre. »

Trois verbes pour résumer un mandat

Pour traduire la théorie en action, l’expert résume le rôle de l’élu en trois temps :

  1. Faire : ce que le gouvernant accomplit lui-même.
  2. Faire faire : ce qu’il délègue.
  3. Faire avec : ce qu’il construit en collaboration avec les citoyens.

Une participante, tête de liste d’un parti jeune, note sur son cahier : « Je croyais qu’on nous avait élus pour décider seuls. J’ai compris qu’on nous a élus pour décider ensemble. »

Le cri d’alerte des anciens

Si l’enthousiasme est réel, une ombre plane. Un représentant de la société civile lance : « Nous avons l’habitude que les nouveaux élus travaillent bien quand ils viennent d’être élus, mais au fur et à mesure qu’ils durent dans leurs responsabilités, ils changent de comportement et adoptent un comportement dictatorial. »

L’assistance acquiesce. Plusieurs voix réclament alors des mécanismes de rappel rapide : « Décourageons les dérives avant qu’elles ne deviennent une habitude. »

« Ces enseignements nous ont réveillés »

Avant de clore la journée, un élu municipal monte au pupitre improvisé : « Twari tumaze gukwirikira inyigisho zisa nizi, ariko izi nazo ziradukujije kurusha »« Nous avions l’habitude de suivre des formations similaires, mais celle-ci nous a réveillés. »

 

L’Abbé Rivuzimana conclut en insistant sur l’étayer de tout pouvoir : « La démocratie, ce ne sont pas nos voix qui comptent le plus, ce sont les textes que nous avons tous acceptés de respecter. »